Le plastique

06/11/2017

Nous avons précédemment posé les bases de la crise du plastique actuelle. Après avoir passé en revue des solutions pour réduire la quantité de déchets sur terre, que faire des déchets qui ont déjà atteint les océans ?

Le grand nettoyage des océans

Les océans sont pleins de plastique. Chaque minute, jusqu’à 22 tonnes de plastiques y sont déchargées on estime qu’il y aura plus de plastique que de poissons (en masse) dans les océans en 2050. Il faut environ 450 années pour qu’une bouteille en plastique se dégrade : la pollution maritime n’est donc pas prête de disparaître. Cette pollution est d’ailleurs connue pour avoir des conséquences directes sur la vie maritime, ainsi que des conséquences indirectes sur la santé humaine liées à l’accumulation des plastiques dans la chaîne alimentaire.

La nouvelle économie du plastique

Une nouvelle initiative, appelée “La nouvelle économie du plastique” (en anglais : The New Plastics Economy) a pour vocation de nettoyer les mers et de mettre en place une nouvelle économie globale où les plastiques ne deviendraient jamais des déchets. Cette initiative a pour objectif de rassembler des acteurs clés tout au long de la chaîne de valeur du plastique (consommateurs, producteurs, constructeurs, décideurs politiques et ONGs) afin de réduire la pollution océanique par le plastique et d’établir des méthodes de traitement efficaces post-utilisation. Au delà de ces collaborations, le rapport de la fondation Ellen MacArthur propose la création d’un corps officiel qui créera des standards mondiaux, coordonnera les parties clés et mettra à disposition du financement pour l’innovation. Alors, en termes de nettoyage océanique, quelles innovations pourraient-ils soutenir ?

Le projet Seabin

La Seabin (poubelle de mer en anglais) est un petit appareil de filtration destiné à être installé dans des ports. Les débris sont emprisonnés par la poubelle avant d’être manuellement remontés à la surface pour être ensuite triés et traités de façon appropriée.

Comment ça marche ?

L’appareil contient une pompe de 220V qui attire l’eau – et les débris s’y trouvant – dans le filtre. L’ouverture de la poubelle se trouve à la surface de l’eau, permettant d’éviter d’y aspirer la vie marine. Le filtre est composé d’un filet fabriqué à partir de polyéthylène haute densité (PEHD) recyclé, capable d’emprisonner des déchets d’une taille minimum de 2mm. L’appareil permet aussi de nettoyer l’eau des huiles et de certains détergents, grâce à une technologie d’absorption dédiée.

Modifié à partir de CleanTechConcepts

Quelles sont ses limites ?

La limitation principale de la Seabin est sa capacité à être implémentée à grande échelle. La poubelle peut attraper jusqu’à 1,5 kg de déchets par jour, soit une demi tonne par an. Compte tenu de la quantité de plastique qui atteint les océans (22 tonnes par minute, soit 44 fois la capacité annuelle de la poubelle), la Seabin ne pourra avoir qu’un impact limité sur le problème. De plus, la poubelle coûte 1$ par jour pour assurer son roulement et le filet en plastique nécessite d’être vidé de façon quotidienne. D’un point de vue pratique, cela rend donc l’implémentation à grande échelle difficile et coûteuse. Une poubelle plus grande, avec une capacité volumétrique plus élevée et donc nécessitant d’être vidée moins souvent serait une étape logique pour Seabin, mais un tel projet n’a pas encore été annoncé. Cependant, le projet offre un bon point de départ pour des projets d’ampleur plus importante et sa première implémentation commerciale a été effectuée pour la première fois à Portsmouth, au Royaume-Uni.

The Ocean Cleanup

En raison des courants océaniques, une grande partie du plastique se regroupe en îlots, lesquelles sont monitorées, certains depuis les année 90. Il existe notamment le Vortex de déchets du Pacifique Nord et le Vortex de déchets de l’Atlantique Nord. The Ocean Cleanup (le nettoyage des océans en anglais) a désigné une nouvelle technologie pour se débarrasser de ces vortex. L’un des problèmes principaux pour ce faire est la faible densité du plastique dans l’eau (estimée à 5,1 kg par kilomètre carré d’océan) et sa distribution sur une surface large (comprise entre 700 000 et 15 000 000 kilomètres carrés). The Ocean Cleanup veut résoudre ce problème en concentrant le plastique dans une aire plus faible pour en permettre la collection et le transport sur la terre ferme.

Comment ça marche ?

L’appareil est constitué d’un long tube de PEHD, qui fait office de flotteur, sur lequel est monté un écran solide fabriqué à base de polyuréthane thermostable – plutôt qu’un filet – pour capturer le plastique. L’écran s’étend plusieurs mètres sous la surface de l’eau, la région où le plus de plastique se trouve. Le courant marin passe sous l’écran, permettant ainsi aux organismes vivants suivants le courant de passer également en dessous et de ne pas être piégés.

L’appareil est arrangé en forme de U ouvert, placé stratégiquement contre un courant océanique ou gyre, afin d’y concentrer le plastique. Un détail important permet une capture optimale : la bouée est attachée à une ancre mobile pour former une “barrière à la dérive”, plutôt que d’être fixée au sol. De cette manière, l’appareil est mobile : ainsi, il ne souffre pas de stress en cas de conditions météorologiques défavorables et les petits plastiques ne peuvent pas passer sous l’écran.

L’ancre ne repose donc pas au sol, mais à environ 600 mètres de profondeur, où l’eau a un débit bien plus faible qu’à la surface. En conséquence, le courant – et donc le plastique – vont bien plus vite que l’écran, qui permet ainsi de concentrer le plastique dans une zone réduite. De plus, compte tenu du fait que la barrière est mobile et, donc, sujette aux mêmes forces que celles affectant les débris plastiques, elle se rendra naturellement dans des zones où le plastique est plus concentré.

La forme en U de l’appareil permet aux déchets plastiques de rejoindre la zone centrale de l’écran qui les abrite jusqu’à l’arrivée d’un navire de collection et transport. Des tests sont en cours de réalisation sur un premier prototype pour fournir des données clés sur la rapidité de remplissage du système et donc la fréquence nécessaire de collection. Le vaisseau collectera alors les déchets à l’aide de pompes et tapis roulants et les transportera sur la terre ferme où ils seront triés, recyclés et, au final, transformés en nouveaux biens de marque, dans le but de générer des revenus pour rendre le procédé financièrement indépendant.

Quelles sont ses limites ?

La technologie est encore en cours de tests. Un prototype a été déployé dans la mer du nord, mais l’innovation doit encore faire ses preuves. L’ambition de la startup n’est pas moindre : l’équipe veut collecter 50% des déchets marins en 10 ans. De plus, The Ocean Cleanup veut rendre son processus financièrement auto-suffisant, mais on ne sait pas encore si la valeur des déchets qui seront collectés pourra surpasser les coûts liés à l’équipement, la collection, le tri et recyclage nécessaire pour que le projet fonctionne à échelle.

Si le problème de la pollution océanique au plastique peut sembler insurmontable, le projet Seabin et The Ocean Cleanup ont démontré que le problème peut être résolu, au moins partiellement, grâce à des innovations. En fin de compte, comme les deux entreprises le reconnaissent, un changement réel doit venir de meilleurs régulations et d’une éducation vis à vis de la pollution afin d’empêcher les plastiques d’atteindre les océans en premier lieu.

Ce travail est sous licence CC-BY SA :

Traduit de l’anglais par: Dr Irène Arrata
Auteur : Matthew Balmforth
Editeur : Dr Irène Arrata

Sponsorisé par :

DRIAD Limited – The Innovation Consultancy