Le plastique

18/10/2017

Les déchets des uns sont (parfois) les trésors des autres : et si c’était vrai pour des bouteilles en plastique ? Le surcyclage est-il une réponse efficace à la problématique des déchets plastiques ?

Le surcyclage, ou la réutilisation des déchets plastiques

D’une bouteille de soda à une lampe solaire

Le surcyclage (upcycling en anglais) est une façon de réutiliser, transformer ou recycler des déchets de sorte à apporter de la valeur au produit fini. De nombreux projets de surcyclage concernent du bricolage maison ou DIY (Do It Yourself) pour fabriquer des bijoux, pots de plantes et autres objets du quotidien : cette approche est doublement bénéfique, étant donné qu’elle permet, d’une part, de donner une nouvelle vie à un objet (et donc retarder sa mise en décharge) et, d’autre part, d’éviter d’acheter un objet neuf, soit d’éviter de contribuer à l’augmentation de la production de déchets.

Et si le surcyclage permettait réellement d’améliorer la vie quotidienne des plus démunis ? C’est l’objectif du projet Liter Of Light (Litre de lumière) de la fondation MyShelter. En effet, dans de nombreux bidonvilles, les habitations n’ont pas de fenêtres, rendant les intérieurs très sombres, donc quasiment inutilisables et insalubres.

L’installation d’une bouteille d’eau à travers une tuile du toit, de façon hermétique, permet de disperser les rayons du soleil, offrant une luminosité multidirectionnelle et constante dans la maison, indépendamment de la position du soleil. De l’eau de javel est également ajoutée au mélange afin d’empêcher la croissance d’algues (ou autre micro-organisme qui opacifierait la bouteille et donc réduirait sa capacité à disperser la lumière) dans la bouteille, offrant une durée de vie d’environ 5 ans au dispositif.

Source : Physicscentral.com

La bouteille fournit ainsi un éclairage semblable à celui d’une ampoule de 50 watts, gratuitement (le prix d’installation d’une bouteille étant de 3$).

Le projet permet ainsi d’apporter de la lumière dans des foyers dépourvus de fenêtre, à moindre coût… et proprement ? Presque. La présence d’eau de javel, un polluant, ne permet pas de considérer cette solution comme entièrement écologique. Cependant, la quantité utilisée dans le cadre des bouteilles est négligeable comparativement à la consommation dans les pays développés : par exemple, en France, on consomme 7,2 L d’eau de javel par seconde.

Et la nuit ?

Puisque les bouteilles ne font que disperser la lumière, elles ne sont utilisables que la journée. Pour l’éclairage de nuit, le fondation a développé la LightBox, une bouteille solaire. Ici, un panneau photovoltaïque miniature est relié à une ampoule LED, située dans une bouteille. Un capteur est installé sur le panneau, afin que la lampe s’allume automatiquement en l’absence de lumière incidente.

Un projet complètement “Open Source”

L’objectif du projet Liter Of Light étant de rendre la lumière accessible à un maximum de foyers, des tutoriaux et guides sont disponibles sur internet. Des bénévoles de l’association se rendent dans les villages les plus démunis pour aider les habitants à créer leur propre bouteille.

Une goutte d’eau dans l’océan… à forte valeur ajoutée

Par rapport à la production quotidienne de déchets, le surcyclage peut sembler marginal et il est difficile de quantifier la quantité de déchets surcyclés, étant donné qu’une grande partie est faite par des particuliers pour leur propre usage. La pratique semble cependant se démocratiser, une récente étude montrant notamment que 66% de la population américaine pratique le surcyclage, dont 21% fréquemment.

De façon générale, la tendance, tous matériaux confondus, est en forte augmentation : que ce soit par l’apparition de marques dédiées comme Hipcycle ou Airpaq, ou l’augmentation de l’utilisation du mot “upcycling” sur Etsy (site de ventes en ligne spécialisé dans la création personnelle d’objets du quotidien ou d’art) de 275% entre 2010 et 2011. Outre la dimension écologique, de telles initiatives ont un intérêt particulier pour les fabricants : le prix nul ou presque des matières premières, considérées comme déchets, sans valeur commerciale, qui permet de se concentrer sur la main d’oeuvre.

Dans le cas de Liter of Light, le projet prendre également une dimension sociétale, en améliorant considérablement le cadre de vie de ses bénéficiaires. Mais quel est l’impact réel de tels projets par rapport à la crise des plastiques ? Regardons les chiffres : on compte aujourd’hui plus de 800 million d’habitants de bidonvilles dans le monde ; 480 milliards de bouteilles sont vendues chaque année dans le monde. Si l’on équipait chacun de ces 800 million d’habitants d’une bouteille solaire, on utiliserait 0,16% des bouteilles produites en un an. L’impact environnemental potentiel de Liter of Light reste une goutte d’eau dans l’océan. Le projet est tout de même la preuve qu’un peu d’innovation, avec peu de moyens, peut apporter un réel changement social à moindre coût.

Ce travail est sous licence CC-BY SA :